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Parlons de la régularisation extraordinaire :

Parlons de la régularisation extraordinaire :

A. Pirla / Ramon Julià

L'Àgora de Travail Social de Lleida est un collectif engagé en faveur des droits sociaux, avec une approche critique, antiraciste et intersectionnelle. Nous célébrons la régularisation extraordinaire comme une étape essentielle et une victoire des droits, sans perdre de vue tout ce qui reste à faire.

Pendant des années, nous avons accompagné des personnes qui occupaient des emplois essentiels sans droits, vivant dans les limbes — indispensables pour la ville et, en même temps, administrativement invisibles — ; c'est pourquoi, il y a des moments où une politique publique se transforme en vie, et celui-ci en est un : pour de nombreuses personnes, avoir des papiers signifie passer de l'invisibilité à l'existence.

Dans ce contexte, la régularisation n'est pas seulement une formalité, mais un parcours complexe. Les services sociaux et les entités élaborent des rapports pour attester de vulnérabilités souvent évidentes, car l'irrégularité est déjà, en soi, une vulnérabilité structurelle. Bien que cette validation n'ait pas toujours de sens, elle fait partie du système. Et nous y sommes, car derrière chaque rapport, il y a une vie qui attend d'être reconnue.

Mais ce processus est aussi un périple administratif : des personnes qui doivent prouver qui elles sont face à un système qui se méfie par défaut. Obtenir des documents peut impliquer des démarches à distance, des coûts, la dépendance à des tiers, des déplacements irréalisables ou l'absence de lien avec les institutions d'origine. Tout cela sans garanties, avec des délais serrés et le risque constant que tout document n'arrive pas, ne soit pas valide ou arrive trop tard.

Au milieu de ce labyrinthe, le travail social soutient, accompagne l'incertitude et contient l'angoisse. Car derrière chaque document, il y a bien plus qu'une exigence : il y a une vie en suspens, espérant que le système n'arrive pas trop tard.

Malgré tout, l'impact sera clair : moins d'économie souterraine, plus de stabilité et de retombées économiques. Mais disposer d'un NIE n'implique pas un accès immédiat aux droits. Des prestations comme le Revenu Minimum Vital ou le Revenu Garanti de Citoyenneté, ainsi que les droits liés à la cotisation, continueront d'exiger des conditions que de nombreuses personnes ne rempliront pas immédiatement. Il y aura également des limitations d'accès à la Loi sur la Dépendance ou aux pensions non contributives, conditionnées par des critères administratifs et de résidence. Cela démonte le discours des « petits chèques » et met l'accent sur les réelles opportunités d'inclusion.

Obtenir un NIE n'est pas la fin, mais le début d'une course qu'il faudra soutenir. Car ce premier permis, d'un an, n'est pas une aubaine : c'est une opportunité, certes, mais aussi le début d'un chemin marqué par l'incertitude, avec l'épée de Damoclès des papiers constamment suspendue au-dessus de la vie des personnes. C'est ainsi que commence la pression pour respecter les exigences, pour ne pas échouer, pour s'intégrer dans un système qui peut retirer ce qu'il vient à peine de concéder, avec le risque permanent de revenir à la case départ.